Le signal de départ donné par l’école 42

L’essor des écoles alternatives, un avenir nouveau pour l’enseignement informatique ? Avec les difficultés que rencontrent actuellement les entreprises pour trouver des développeurs adaptés à leurs besoins, l’avènement de ces nouvelles formes d’enseignement ne peut être que bénéfique pour l’économie française. Le lancement en 2013 en France de l’école 42 fondée par Xavier Niel et Nicolas Saliras a pour but de remédier à ce problème. En effet, la formation des étudiants en informatique rencontre des obstacles de taille, et rares sont les alternatives proposées face à un système d’enseignement public élitiste et méritocratique pas toujours adapté à la diversité des profils.

 

Xavier Niel explique notamment que le système d’éducation français ne correspond pas aux besoins des entreprises, qui sont pourtant les futurs employeurs des étudiants d’aujourd’hui. Entre l’université d’un côté, qui est gratuite mais dispense encore une formation trop théorique et peu attractive pour les entreprises, et les écoles privées de l’autre, extrêmement coûteuses et qui laissent peu de place à l’expression des nouveaux talents, il dénonce un manque auquel la France a du mal à remédier. « Je travaille dans l’Internet depuis 20 ans. Et depuis 20 ans le principal problème de mon métier est toujours le même : comment recruter des talents, comment trouver les développeurs dont nous avons besoin pour concevoir les logiciels qui vont nous permettre de créer des produits innovants. »

 

xavier niel

Xavier Niel à l’école 42

C’est ainsi que naît l’école 42, avec le désir de modifier profondément le système d’enseignement français, en proposant à tous ceux qui ne rentrent pas dans le moule de devenir les développeurs de demain. « Il fallait changer les choses, envisager un mode de formation différent et abandonner la structure classique de l’enseignement tel qu’il est fait en France, inadapté à la formation des talents dont nous avons besoin », explique le chef d’entreprise de 48 ans. Un autre problème le taraude : le prix de l’accès à l’éducation aujourd’hui. L’école 42 avait également pour vocation d’abolir les barrières financières pour permettre à tous de pouvoir ne serait-ce que postuler. Avec ou sans diplôme, la sélection se fait sur un concours, la « piscine ». Pendant un mois, les étudiants sont amenés à travailler, à suivre des cours et à découvrir l’école et ses principes. Immersion dans le monde du code garantie !

 

Un réseau d’école en France et à l’étranger : Simplon.co

Dans le sillage de l’école 42, qui a donné le signal de départ aux nouvelles pratiques de l’enseignement et a ouvert les portes des formations alternatives dans le domaine du numérique, Simplon.co trouve sa place. Plus qu’une école, un véritable réseau de fabriques de petits codeurs, Simplon.co propose des formations gratuites et intensives pour apprendre les métiers du développement web et mobile. Les entreprises ayant de plus en plus de mal à trouver des développeurs adaptés à leurs besoins, il paraissait nécessaire d’agir. Les formations s’adressent aux jeunes de moins de 25 ans diplômés ou non, aux demandeurs d’emplois et aux personnes en reconversion professionnelle. En effet, Simplon.co défend une vision du numérique pour tous et souhaite aider les publics les plus en difficulté dans la société pour leur offrir les clés d’un métier d’avenir.

 

Simplon.co

Un évènement de recrutement Simplon.co

Simplon.co a été créée dans la même optique que l’école 42, ce qu’explique son cofondateur Erwan Kezzar : « En 2012, on a compris que les barrières d’accès à la technologie étaient en train de tomber les unes après les autres. Il y avait de plus en plus de tutoriels en ligne. Plus besoin d’avoir fait Maths Sup ou une école d’ingénieur pour devenir développeur ! Au contraire, à la vitesse où évolue la technologie, il vaut mieux avoir une curiosité naturelle qu’un grand diplôme. Il faut apprendre à apprendre plutôt qu’à réciter par cœur. »

L’essor des fabriques Simplon.co a été notamment donné grâce au projet de labellisation du gouvernement mettant en lumière les formations du numérique, La Grande École du Numérique que nous décrivons ici. Une vingtaine de fabriques sont réparties sur le territoire français, dont l’île de la Réunion, département d’outre-mer français. Les formations peuvent durer 3 mois, 6 mois ou 12 mois en fonction du métier visé et de l’état de la formation, car certaines peuvent être réalisées en alternance.

 

Le projet du gouvernement : La Grande école du numérique

Après le lancement de l’école 42, de nombreuses voix se sont faites entendre pour féliciter ce nouveau projet. En 2015, le Président de la République François Hollande a également annoncé un plan national de 150 millions d’euros visant à combler le déficit de développeurs dans notre pays, estimé à 50 000 postes, ce qui pourrait aider les entreprises à recruter des développeurs et informaticiens. Ce projet, intitulé “la Grande école du numérique”, permettra de valoriser les formations du numériques et permettre le développement de méthodes d’apprentissages innovantes, ainsi que de favoriser l’insertion professionnelle des jeunes sans formation ni emploi.

 

François Hollande

François Hollande au discours de lancement du projet « La Grande école du numérique »

Ces enseignements seront dispensés au sein de 130 fabriques du numérique réparties sur l’ensemble du territoire français dès la fin de l’année 2016. Ces formations courtes et qualifiantes aux métiers du numérique sont destinées à un large public, notamment les jeunes sans qualification, sans diplômes et à la recherche d’un emploi, mais aussi les personnes en reconversion professionnelle par exemple. Ces enseignements leur permettront de se former efficacement afin de trouver du travail rapidement dans une filière d’avenir où la pénurie de candidats se fait ressentir.

171 formations sont labellisées par le gouvernement à ce jour. Chaque formation est soumise à un examen tous les 3 ans pour confirmer son aptitude à la formation des métiers du numérique et bénéficier de financements et de subventions de la part de l’Etat. Selon le rapport rendu par le gouvernement, le projet de la Grande École du Numérique « vise à promouvoir des pédagogies innovantes ». En effet, ses formateurs possèdent des profils extrêmement variés, du salarié au coach issu du monde de l’entreprise en passant par l’enseignant-chercheur ou le développeur freelance. La Grande École espère donc un jour devenir un accélérateur des possibles offerts aux étudiants en informatique et promouvoir la transmission d’un savoir-faire de qualité dans les domaines du développement web et du codage.

 

Une alternative corporate : le Samsung Campus

Le Samsung Campus se décrit comme « un centre de formation solidaire pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes de 18 à 25 ans sans le bac ». La firme coréenne a lancé en 2014 en France sa propre école alternative dispensant une formation entièrement gratuite et axée sur le développement web et mobile. Comme l’école 42 et Simplon.co, le Samsung Campus a été créé pour faire face à la pénurie de développeurs web en France en partenariat avec l’école d’informatique Epitech et l’association Zup de Co. La solution face à ce problème a été pour le moins étonnante pour une entreprise privée : pour trouver des développeurs, il est devenu nécessaire d’en créer ! Cette formation d’une durée de deux ans propose un programme suivi par un mentor salarié de Samsung Electronics France et une année d’alternance pour être plongé dans le monde professionnel.

En 2014, on comptait seulement 50 heureux inscrits au Samsung Campus. Immergés dans le code PHP pendant trois semaines à l’école pour une formation intensive, ils s’entraînent et travaillent en équipe. Durant le reste de l’année, l’école suit une formation calquée sur le modèle proposé par Epitech. Les étudiants reçoivent des « briefs » et ils doivent mener le projet à bien. Bien sûr, les projets deviennent graduellement de plus en plus complexes et abordent chacun divers aspects techniques leur permettant de s’améliorer au fur et à mesure. Il s’agit finalement de cours presque intégralement sous la forme d’exercices !

En effet, « l’objectif est d’habituer les étudiants à chercher les solutions par eux-mêmes car avec l’innovation et les nouvelles technologies, les choses évoluent très vite et ce qu’on a appris en début de formation peut très bien devenir obsolète deux ans plus tard. Il faut savoir d’adapter et rester à la page » explique Fabrice Bardèche, vice président exécutif de Ionis Education Group.

 

samsung campus

Une salle de formation au Samsung Campus

Qu’il s’agisse de l’école 42 ou du Samsung Campus, ces deux formations ont été créées par des entreprises privées. Ces démarches, présentées comme sociétales et supposées pallier au manque de développeurs et d’informaticiens dans l’Hexagone, ne seraient-elles pas une manière de former soi-même ses futurs collaborateurs ? Nous pouvons naturellement nous interroger sur la neutralité d’une telle formation, notamment au sein du campus de la marque de hardware coréenne où chaque élève est suivi par un mentor salarié pour le groupe.

Dans tous les cas, la multiplication de ce type d’initiatives prouve qu’il existe une réelle demande de recrutement dans ce secteur, et permet également l’émergence de formations allant à l’encontre de l’élitisme français ambiant en matière d’enseignement. Faire valoir la créativité et l’apprentissage en autonomie plutôt que les notes et le bachotage, et valoriser l’évolution dans un environnement « peer-to-peer » où les cours magistraux n’ont plus lieu d’être sont peut-être les nouvelles méthodes d’enseignement public de demain. À méditer !

 

Sources :

http://www.wedemain.fr/Simplon-ecole-42-l-Etat-mise-sur-les-pedagogies-alternatives-pour-former-des-codeurs_a1269.htmlhttp://www.economie.gouv.fr/grande-ecole-du-numerique/171-formations-labelliseeshttps://umap.openstreetmap.fr/fr/map/carte-v6-des-formations-de-la-grande-ecole-du-nume_69119#2/13.2/45.7http://iq.intel.fr/samsung-campus-une-formation-de-2-ans-pour-devenir-developpeur-web/http://www.lopinion.fr/12-juin-2013/numerique-tous-l-essor-ecoles-hors-systemes-993