Le « All Writs Act » : un appui pour le FBI

Après l’attaque terroriste de San Bernardino, survenue le 2 décembre 2015 en Californie et ayant fait 14 morts et 21 blessés, les forces de l’ordre américaines on retrouvé un téléphone qui appartiendrait à l’un des suspects. Deux suspects sont pour le moment identifiés : Syed Rizwan Farook, un homme de 28 ans, et Tashfeen Malik, son épouse de 27 ans.

Le 4 décembre, Daech revendiquait la responsabilité de l’attaque. Ce serait la fusillade la plus meurtrière depuis la tuerie de 2012 dans l’école primaire Sandy Hook.

La police souhaiterait accéder au contenu du téléphone appartenant aux suspects, cependant Apple refuse de concevoir un outil permettant de le déverrouiller. Le Bureau fédéral d’investigation s’est donc basé sur un texte de loi, le « All Writs Act », ou loi sur les ordonnances, qui indique que la Cour Suprême et les tribunaux peuvent émettre des ordonnances nécessaires pour aider leurs juridictions à faire appliquer la loi. Cela a donc permis à un juge du tribunal d’Oakland d’émettre une ordonnance demandant à l’entreprise Apple de s’exécuter dans l’immédiat.

 

Apple se défend avec la loi CALEA

 

Cependant, la jurisprudence a plusieurs fois penché en défaveur du « All Writs Act », qui a souvent été remis en question et date de … 1789.

De plus, selon les avocats de l’entreprise, les enquêteurs disposent d’autres moyens pour accéder aux contenus renfermés dans le téléphone retrouvé à San Bernardino. Apple affirme qu’il s’agirait d’un viol du droit à la vie privée normalement garanti par le premier amendement de la Constitution américaine, très cher aux yeux des compatriotes. La firme est soutenue par de nombreuses entreprises de la Silicon Valley, comme Google, Microsoft ou encore Facebook. En effet, si Apple se soumettait à l’injonction du FBI, cela aurait pour effet d’ouvrir une boîte de Pandore et tous les pays du monde voudraient également avoir accès à ce logiciel permettant de décrypter les données. Sous couvert de justice, certains pays méprisant les droits de l’homme pourraient ainsi forcer les données personnelles de nombreux utilisateurs sans être inquiétés.

 

Apple invoque également le « Communications Assistance for Law Enforcement Act« , dit CALEA, voté en 1994 par le Congrès américain. Il définit un cadre légal pour l’assistance qui peut être portée par les sociétés informatiques ou de télécommunications  aux autorités. Selon l’article 1002 : « le gouvernement fédéral ne peut exiger la conception spécifique d’un équipement, de matériel, de services, de caractéristiques ou de configurations à un fabricant de téléphone. »

 

Ce qu’en pensent les américains :

Selon un sondage du Pew Research Center réalisé sur un échantillon de plus de 1000 américains, 51% des sondés pensent qu’Apple devrait obéir aux demandes du FBI, contre 38% des personnes interrogées qui soutiennent la démarche de l’entreprise. L’ère ouverte par les djihadistes serait celle donc de la surveillance prenant le pas sur la vie privée des utilisateurs.

 

L’application Whatsapp pourrait également être inquiétée par la justice américaine

 

La société Apple est donc actuellement poursuivie par le FBI pour son refus d’extraire les données contenues dans l’Iphone 5c de l’auteur de la fusillade de San Bernardino, Syed Farook.

Mais apparemment, l’application Whatsapp pourrait également en prendre pour son grade : en tant qu’application de messagerie la plus téléchargée, elle chiffre toutes ses données échangées par ses utilisateurs. De cette façon, elle garantit la conservation de la vie privée de l’utilisateur et pose l’impossibilité pour les créateurs de l’application de surveiller leurs données.

Or, cette manière de procéder ne plairait pas non plus à la justice américaine. L’application, sous l’égide de Facebook, refuse en effet d’apporter son aide aux enquêteurs américains. Pour le moment, Whatsapp et la justice américaine refusent de communiquer sur le sujet.

 

Décryptage des données : un dilemme cornélien

 

Depuis l’affaire Edward Snowden, qui montrait les sociétés de la Silicon Valley comme peu fiables, les sociétés paraissent prêter une attention particulière à la sécurité des données de leurs utilisateurs. C’est ce qui pousse notamment WhatApp à crypter ses données avec TextSecure, un outil plébiscité par l’ancien employé de la CIA et de la NSA.

Aux dernières nouvelles, la société à la pomme devrait assister à une audience du Tribunal Fédéral américain ce mardi 22 mars à Riverside dans l’état de Californie. Les ingénieurs de la société avaient affirmé préférer démissionner plutôt que d’aider la justice américaine à réduire à néant leur travail de cryptage des iPhones. Le directeur général de firme, Tim Cook, avait quant à lui déclaré qu’il était prêt à aller jusqu’à la Cour Suprême, la plus haute juridiction américaine. 

 

Une mystérieuse société vient en aide au FBI

 

Coup de théâtre le lundi 28 mars : le FBI aurait finalement réussi à débloquer l’iPhone 5c du tueur de San Bernardino grâce à l’aide d’une mystérieuse tierce partie… Le FBI a donc abandonné ses charges contre la société à la pomme, cependant c’est maintenant au tour d’Apple de demander au bureau d’investigation quelles failles ont été trouvées dans le système d’exploitation iOS.

Selon le journal israélien Yedioth Aharonot, la société Cellebrite également israélienne serait venue en aide au bureau d’investigation américain. En effet, cette entreprise est spécialisée dans la technologie des données mobiles et s’est fait une réputation dans le domaine de l’investigation numérique, et donc le décryptage de données. Sa solution serait nommée UFED, Universal Forensic Extraction Design, permettant d’analyser des données extraites de tablettes et de smartphones. La société possède une certaine renommée à l’internationale et a été rachetée en 2007 par le groupe informatique Japonais Sun.

Une affaire à suivre de près…

 

Sources :

 

http://www.nytimes.com/2016/03/13/us/politics/whatsapp-encryption-said-to-stymie-wiretap-order.html

http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2016/03/14/32001-20160314ARTFIG00271-les-etats-unis-s-inquietent-du-chiffrement-des-messages-whatsapp.php

http://www.nytimes.com/2016/03/21/technology/apple-vs-the-fbi-how-the-case-could-play-out.html?_r=0

https://www.contrepoints.org/2016/03/21/243522-apple-contre-le-fbi-le-bras-de-fer

http://start.lesechos.fr/actu-entreprises/technologie-digital/qui-est-cellebrite-la-societe-qui-a-debloque-l-iphone-pour-le-fbi-4228.php